La lettre volée (1)
ÉDITIONS DU SEUIL
27, rue Jacob, Paris- VI
Éditions du Seuil, 1966.
Und wenn es uns glückt,
Und wenn es sich schickt,
So sind es Gedanken.
Notre recherche nous a mené à ce point de reconnaître que l'automatisme de répétition (Wiederholungszwang) prend son principe dans ce que nous avons appelé l'insistance de la chaîne signifiante. Cette notion elle-même, nous l'avons dégagée comme corrélative de l'ex-sistence (soit : de la place excentrique) où il nous faut situer le sujet de l'inconscient, si nous devons prendre au sérieux la découverte de Freud. C'est, on le sait, dans l'expérience inaugurée par la psychanalyse qu'on peut saisir par quels biais de l'imaginaire vient à s'exercer, jusqu'au plus intime de l'organisme humain, cette prise du symbolique.
L'enseignement de ce séminaire est fait pour soutenir que ces incidences imaginaires, loin de représenter l'essentiel de notre expérience, n'en livrent rien que d'inconsistant, sauf à être rapportées à la chaîne symbolique qui les lie et les oriente.
Certes savons-nous l'importance des imprégnations imaginaires (Prägung) dans ces partialisations de l'alternative symbolique qui donnent à la chaîne signifiante son allure. Mais nous posons que c'est la loi propre à cette chaîne qui régit les effets psychanalytiques déterminants pour le sujet : tels que la forclusion (Verwerfung), le refoulement (Verdrängung), la dénégation (Verneinung) elle-même, - précisant de l'accent qui y convient que ces effets suivent si fidèlement le déplacement (Entstellung) du signifiant que les facteurs imaginaires, malgré leur inertie, n'y font figure que d'ombres et de reflets.
Encore cet accent serait-il prodigué en vain, s'il ne servait à votre regard, qu'à abstraire une forme générale de phénomènes dont la particularité dans notre expérience resterait pour vous l'essentiel, et dont ce ne serait pas sans artifice qu'on romprait le composite original.
C'est pourquoi nous avons pensé à illustrer pour vous aujourd'hui la vérité qui se dégage du moment de la pensée freudienne que nous étudions, à savoir que c'est l'ordre symbolique qui est, pour le sujet, constituant, en vous démontrant dans une histoire la détermination majeure que le sujet reçoit du parcours d'un signifiant.
C'est cette vérité, remarquons-le, qui rend possible l'existence même de la fiction. Dès lors une fable est aussi propre qu'une autre histoire à la mettre en lumière, - quitte à y faire l'épreuve de sa cohérence. A cette réserve près, elle a même l'avantage de manifester d'autant plus purement la nécessité symbolique, qu'on pourrait la croire régie par l'arbitraire.
C'est pourquoi sans chercher plus loin, nous avons pris notre exemple dans l'histoire même où est insérée la dialectique concernant le jeu de pair ou impair, dont nous avons le plus récemment tiré profit. Sans doute n'est-ce pas par hasard que cette histoire s'est avérée favorable à donner suite à un cours de recherche qui y avait déjà trouvé appui.
Il s'agit, vous le savez, du conte que Baudelaire a traduit sous le titre de : La lettre volée. Dès le premier abord, on y distinguera un drame, de la narration qui en est faite et des conditions de cette narration.
On voit vite au reste ce qui rend nécessaires ces composants, et qu'ils n'ont pu échapper aux intentions de qui les a composés. La narration double en effet le drame d'un commentaire, sans lequel il n'y aurait pas de mise en scène possible. Disons que l'action en resterait, à proprement parler, invisible de la salle, - outre que le dialogue en serait expressément et par les besoins mêmes du drame, vide de tout sens qui pût s'y rapporter pour un auditeur - autrement dit que rien du drame ne pourrait apparaître ni à la prise de vues, ni à la prise de sons, sans l'éclairage à jour frisant, si l'on peut dire, que la narration donne à chaque scène du point de vue qu'avait en le jouant l'un de ses acteurs.
Ces scènes sont deux, dont nous irons aussitôt à désigner la première sous le nom de scène primitive, et non pas par inattention, puisque la seconde peut être considérée comme sa répétition, au sens qui est ici même à l'ordre du jour.
La scène primitive donc se joue, nous dit-on, dans le boudoir royal, de sorte que nous soupçonnons que la personne du plus haut rang, dite encore l'illustre personne, qui y est seule quand elle reçoit une lettre, est la Reine. Ce sentiment se confirme de l'embarras où la plonge l'entrée de l'autre illustre personnage, dont on nous a déjà dit avant ce récit que la notion qu'il pourrait avoir de ladite lettre, ne mettrait en jeu rien de moins pour la dame que son honneur et sa sécurité. Nous sommes en effet promptement tirés hors du doute qu'il s'agisse bien du Roi, à mesure de la scène qui s'engage avec l'entrée du ministre D... A ce moment en effet, la Reine n'a pu faire mieux que de jouer sur l'inattention du Roi en laissant la lettre sur la table « retournée, la suscription en dessus». Celle-ci pourtant n'échappe pas à l'œil de lynx du ministre, non plus qu'il ne manque de remarquer le désarroi de la Reine, ni d'éventer ainsi son secret. Dès lors tout se déroule comme dans une horloge. Après avoir traité du train et de l'esprit dont il est coutumier les affaires courantes, le ministre tire de sa poche une lettre qui ressemble d'aspect à celle qui est en sa vue, et ayant feint de la lire, il la dépose à côté de celle-ci. Quelques mots encore dont il amuse le royal tapis, et il s'empare tout roidement de la lettre embarrassante, décampant sans que la Reine, qui n'a rien perdu de son manège, ait pu intervenir dans la crainte d'éveiller l'attention du royal conjoint qui à ce moment la coudoie.
Tout pourrait donc avoir passé inaperçu pour un spectateur idéal d'une opération où personne n'a bronché, et dont le quotient est que le ministre a dérobé à la Reine sa lettre et que, résultat plus important encore que le premier, la Reine sait que c'est lui qui la détient maintenant, et non pas innocemment.
Un reste qu'aucun analyste ne négligera, dressé qu'il est à retenir tout ce qui est du signifiant sans pour autant savoir toujours qu'en faire : la lettre, laissée pour compte par le ministre, et que la main de la Reine peut maintenant rouler en boule.
Deuxième scène : dans le bureau du ministre. C'est à son hôtel, et nous savons, selon le récit que le préfet de police en a fait au Dupin dont Poe introduit ici pour la seconde fois le génie propre à résoudre les énigmes, que la police depuis dix-huit mois, y revenant aussi souvent que le lui ont permis les absences nocturnes, ordinaires au ministre, a fouillé l'hôtel et ses abords de fond en comble.
En vain, - encore que chacun puisse déduire de la situation que le ministre garde cette lettre à sa portée.
Dupin s'est fait annoncer au ministre. Celui-ci le reçoit avec une nonchalance affichée, des propos affectant un romantique ennui. Cependant Dupin, que cette feinte ne trompe pas, de ses yeux protégés de vertes lunettes, inspecte les aîtres. Quand son regard se porte sur un billet fort éraillé qui semble à l'abandon dans la case d'un méchant porte-cartes en carton qui pend, retenant l'œil de quelque clinquant, au beau milieu du manteau de la cheminée, il sait déjà qu'il a affaire à ce qu'il cherche. Sa conviction se renforce des détails mêmes qui paraissent faits pour contrarier le signalement qu'il a de la lettre volée, au format près qui est conforme.
Dès lors il n'a plus qu'à se retirer après avoir « oublié » sa tabatière sur la table, pour revenir le lendemain la rechercher, armé d'une contre-façon qui simule le présent aspect de la lettre. Un incident de la rue, préparé pour le bon moment, ayant attiré le ministre à la fenêtre, Dupin en profite pour s'emparer à son tour de la lettre en lui substituant son semblant, et n'a plus qu'à sauver auprès du ministre les apparences d'un congé normal.
Là aussi tout s'est passé, sinon sans bruit, du moins sans fracas. Le quotient de l'opération est que le ministre n'a plus la lettre, mais lui n'en sait rien, loin de soupçonner que c'est Dupin qui la lui ravit. En outre ce qui lui reste en main est ici bien loin d'être insignifiant pour la suite. Nous reviendrons sur ce qui a conduit Dupin à donner un libellé à sa lettre factice. Quoi qu'il en soit, le ministre, quand il voudra en faire usage, pourra y lire ces mots tracés pour qu'il y reconnaisse la main de Dupin :
... Un dessein si funeste
S'il n'est digne d'Atrée, est digne de Thyeste.
que Dupin nous indique provenir de l'Atrée de Crébillon.
Est-il besoin que nous soulignions que ces deux actions sont semblables? Oui, car la similitude que nous visons n'est pas faite de la simple réunion de traits choisis à la seule fin d'appareiller leur différence. Et il ne suffirait pas de retenir ces traits de ressemblance aux dépens des autres pour qu'il en résulte une vérité quelconque. C'est l'intersubjectivité où les deux actions se motivent que nous voulons relever, et les trois termes dont elle les structure. Le privilège de ceux-ci se juge à ce qu'ils répondent à la fois aux trois temps logiques par quoi la décision se précipite, et aux trois places qu'elle assigne aux sujets qu'elle départage.
Cette décision se conclut dans le moment d'un regard 1. Car les manœuvres qui s'ensuivent, s'il s'y prolonge en tapinois, n'y ajoutent rien, pas plus que leur ajournement d'opportunité dans la seconde scène ne rompt l'unité de ce moment.
Ce regard en suppose deux autres qu'il rassemble en une vue de l'ouverture laissée dans leur fallacieuse complémentarité, pour y anticiper sur la rapine offerte en ce découvert. Donc trois temps, ordonnant trois regards, supportés par trois sujets, à chaque fois incarnés par des personnes différentes.
Le premier est d'un regard qui ne voit rien : c'est le Roi, et c'est la police.
Le second d'un regard qui voit que le premier ne voit rien et se leurre d'en voir couvert ce qu'il cache : c'est la Reine, puis c'est le ministre.
Le troisième qui de ces deux regards voit qu'ils laissent ce qui est à cacher à découvert pour qui voudra s'en emparer : c'est le ministre, et c'est Dupin enfin.
Pour faire saisir dans son unité le complexe intersubjectif ainsi décrit, nous lui chercherions volontiers patronage dans la technique légendairement attribuée à l'autruche pour se mettre à l'abri des dangers; car celle-ci mériterait enfin d'être qualifiée de politique, à se répartir ici entre trois partenaires, dont le second se croirait revêtu d'invisibilité, du fait que le premier aurait sa tête enfoncée dans le sable, cependant qu'il laisserait un troisième lui plumer tranquillement le derrière; il suffIrait qu'enrichissant d'une lettre sa dénomination proverbiale, nous en fassions la politique de l’autruiche, pour qu'en elle-même enfin elle trouve un nouveau sens pour toujours.
Le module intersubjectif étant ainsi donné de l'action qui se répète, il reste à y reconnaître un automatisme de répétition, au sens qui nous intéresse dans le texte de Freud.
1. On cherchera ici la référence nécessaire en notre essai sur Le temps logique et l'assertion de certitude anticipée, voir p. 197
La pluralité des sujets bien entendu ne peut être une objection pour tous ceux qui sont rompus depuis longtemps aux perspectives que résume notre formule : l'inconscient, c'est le discours de l'Autre. Et nous ne rappellerons pas maintenant ce qu'y ajoute la notion de l'immixtion des sujets, naguère introduite par nous en reprenant l'analyse du rêve de l'injection d'Irma.
Ce qui nous intéresse aujourd'hui, c'est la façon dont les sujets se relaient dans leur déplacement au cours de la répétition intersubjective.
Nous verrons que leur déplacement est déterminé par la place que vient à occuper le pur signifiant qu'est la lettre volée, dans leur trio. Et c'est là ce qui pour nous le confirmera comme automatisme de répétition.
Il ne paraît pas de trop cependant, avant de nous engager dans cette voie, de questionner si la visée du conte et l'intérêt que nous y prenons, pour autant qu'ils coïncident, ne gisent pas ailleurs.
Pouvons-nous tenir pour une simple rationalisation, selon notre rude langage, le fait que l'histoire nous soit contée comme une énigme policière?
A la vérité nous serions en droit d'estimer ce fait pour peu assuré, à remarquer que tout ce dont une telle énigme se motive à partir d'un crime ou d'un délit, - à savoir sa nature et ses mobiles, ses instruments et son exécution, le procédé pour en découvrir l'auteur, et la voie pour l'en convaincre, - est ici soigneusement éliminé dès le départ de chaque péripétie.
Le dol est en effet dès l'abord aussi clairement connu que les menées du coupable et leurs effets sur sa victime. Le problème, quand on nous l'expose se limite à la recherche aux fins de restitution, de l'objet à quoi tient ce dol, et il semble bien intentionnel que sa solution soit obtenue déjà, quand on nous l'explique. Est-ce par là qu'on nous tient en haleine? Quelque crédit en effet que l'on puisse faire à la convention d'un genre pour susciter un intérêt spécifique chez le lecteur, n'oublions pas que « le Dupin » ici deuxième à paraître, est un prototype, et que pour ne recevoir son genre que du premier, c'est un peu tôt pour que l'auteur joue sur une convention.
Ce serait pourtant un autre excès que de réduire le tout à une fable dont la moralité serait que pour maintenir à l'abri des regards une de ces correspondances dont le secret est parfois nécessaire à la paix conjugale, il suffise d'en laisser traîner les libellés sur notre table, même à les retourner sur leur face signifiante. C'est là un leurre dont pour nous, nous ne recommanderions l'essai à personne, crainte qu'il soit déçu à s'y fier.
N'y aurait-il donc ici d'autre énigme que, du côté du Préfet de police, une incapacité au principe d'un insuccès, - si ce n'est peut-être du côté de Dupin une certaine discordance, que nous n'avouons pas de bon gré, entre les remarques assurément fort pénétrantes, quoique pas toujours absolument pertinentes en leur généralité, dont il nous introduit à sa méthode, et la façon dont en fait il intervient.
A pousser un peu ce sentiment de poudre aux yeux, nous en serions bientôt à nous demander si, de la scène inaugurale que seule la qualité de ses protagonistes sauve du vaudeville, à la chute dans le ridicule qui semble dans la conclusion être promise au ministre, ce n'est pas que tout le monde soit joué qui fait ici notre plaisir.
Et nous serions d'autant plus enclin à l'admettre que nous y retrouverions avec ceux qui ici nous lisent, la définition que nous avons donnée, quelque part en passant, du héros moderne, « qu'illustrent des exploits dérisoires dans une situation d'égarement 1 ».
1. Cf. Fonction et champ de la parole et du langage, P. 244
Mais ne sommes-nous pas pris nous-mêmes à la prestance du détective amateur, prototype d'un nouveau matamore, encore préservé de l'insipidité du superman contemporain?
Boutade, - qui suffit à nous faire relever bien au contraire en ce récit une vraisemblance si parfaite, qu'on peut dire que la vérité y révèle son ordonnance de fiction.
Car telle est bien la voie où nous mènent les raisons de cette vraisemblance. A entrer d'abord dans son procédé, nous apercevons en effet un nouveau drame que nous dirons complémentaire du premier, pour ce que celui-ci était ce qu'on appelle un drame sans paroles, mais que c'est sur les propriétés du discours que joue l'intérêt du second 1.
1. Cf. Émile Benveniste, " Communication animale et langage humain ", Diogène, n° I, et notre rapport de Rome, P. 297.
S'il est patent en effet que chacune des deux scènes du drame réel nous est narrée au cours d'un dialogue différent, il n'est que d'être muni des notions que nous faisons dans notre enseignement valoir, pour reconnaître qu'il n'en est pas ainsi pour le seul agrément de l'exposition, mais que ces dialogues eux-mêmes prennent, dans l'usage opposé qui y est fait des vertus de la parole, la tension qui en fait un autre drame, celui que notre vocabulaire distinguera du premier comme se soutenant dans l'ordre symbolique.
Le premier dialogue - entre le Préfet de police et Dupin - se joue comme celui d'un sourd avec un qui entend. C'est-à-dire qu'il représente la complexité véritable de ce qu'on simplifie d'ordinaire, pour les résultats les plus confus, dans la notion de communication.
On saisit en effet dans cet exemple comment la communication peut donner l'impression où la théorie trop souvent s'arrête, de ne comporter dans sa transmission qu'un seul sens, comme si le commentaire plein de signification auquel l'accorde celui qui entend, pouvait, d'être inaperçu de celui qui n'entend pas, être tenu pour neutralisé.
Il reste qu'à ne retenir que le sens de compte rendu du dialogue, il apparaît que sa vraisemblance joue sur la garantie de l'exactitude. Mais le voici alors plus fertile qu'il ne semble, à ce que nous en démontrions le procédé : comme on va le voir à nous limiter au récit de notre première scène.
Car le double et même le triple filtre subjectif sous lequel elle nous parvient : narration par l'ami et familier de Dupin (que nous appellerons désormais le narrateur général de l'histoire) - du récit par quoi le Préfet fait connaître à Dupin - le rapport que lui en a fait la Reine, n'est pas là seulement la conséquence d'un arrangement fortuit.
Si en effet l'extrémité où est portée la narratrice originale exclut qu'elle ait altéré les événements, on aurait tort de croire que le 1. La complète intelligence de ce qui suit exige bien entendu qu'on relise ce texte extrêmement répandu (en français comme en anglais), et d'ailleurs court, qu'est la Lettre volée.
Préfet ne soit ici habilité à lui prêter sa voix que pour le manque d'imagination dont il a déjà, si l'on peut dire, la patente.
Le fait que le message soit ainsi retransmis nous assure de ce qui ne va pas absolument de soi : à savoir qu'il appartient bien à la dimension du langage.
Ceux qui sont ici connaissent nos remarques là-dessus, et particulièrement celles que nous avons illustrées du repoussoir du prétendu langage des abeilles: où un linguiste ne peut voir qu'une simple signalisation de la position de l'objet, autrement dit qu'une fonction imaginaire plus différenciée que les autres.
Nous soulignons ici qu'une telle forme de communication n'est pas absente chez l'homme, si évanouissant que soit pour lui l'objet quant à son donné naturel en raison de la désintégration qu'il subit de par l'usage du symbole.
On peut en effet en saisir l'équivalent dans la communion qui s'établit entre deux personnes dans la haine envers un même objet : à ceci près que la rencontre n'est jamais possible que sur un objet seulement, défini par les traits de l'être auquel l'une et l'autre se refusent.
Mais une telle communication n'est pas transmissible sous la forme symbolique. Elle ne se soutient que dans la relation à cet objet. C'est ainsi qu'elle peut réunir un nombre indéfini de sujets dans un même « idéal » : la communication d'un sujet à l'autre à l'intérieur de la foule ainsi constituée, n'en restera pas moins irréductiblement médiatisée par une relation ineffable.
Cette excursion n'est pas seulement ici un rappel de principes à l'adresse lointaine de ceux qui nous imputent d'ignorer la communication non verbale : en déterminant la portée de ce que répète le discours, elle prépare la question de ce que répète le symptôme.
Ainsi la relation indirecte décante la dimension du langage, et le narrateur général, à la redoubler, n'y ajoute rien « par hypothèse ». Mais il en est tout autrement de son office dans le second dialogue.
Car celui-ci va s'opposer au premier comme les pôles que nous avons distingués ailleurs dans le langage et qui s'opposent comme le mot à la parole.
C'est dire qu'on y passe du champ de l'exactitude au registre de la vérité. Or ce registre, nous osons penser que nous n'avons pas à y revenir, se situe tout à fait ailleurs, soit proprement à la fondation de l'intersubjectivité. Il se situe là où le sujet ne peut rien saisir sinon la subjectivité même qui constitue un Autre en absolu. Nous nous contenterons, pour indiquer ici sa place, d'évoquer le dialogue qui nous paraît mériter son attribution d'histoire juive du dépouillement où apparaît la relation du signifiant à la parole, dans l'adjuration où il vient à culminer. « Pourquoi me mens-tu, s'y exclame-t-on à bout de souffle, oui, pourquoi me mens-tu en me disant que tu vas à Cracovie pour que je croie que tu vas à Lemberg, alors qu'en réalité c'est à Cracovie que tu vas? »
C'est une question semblable qu'imposerait à notre esprit le déferlement d'apories, d'énigmes éristiques, de paradoxes, voire de boutades, qui nous est présenté en guise d'introduction à la méthode de Dupin, - si de nous être livré comme une confidence par quelqu'un qui se pose en disciple, il ne s'y ajoutait quelque vertu de cette délégation. Tel est le prestige immanquable du testament : la fidélité du témoin est le capuchon dont on endort en l'aveuglant la critique du témoignage.
Quoi de plus convaincant d'autre part que le geste de retourner les cartes sur la table? Il l'est au point qu'il nous persuade un moment que le prestidigitateur a effectivement démontré, comme il l'a annoncé, le procédé de son tour, alors qu'il l'a seulement renouvelé sous une forme plus pure : et ce moment nous fait mesurer la suprématie du signifiant dans le sujet.
Tel opère Dupin, quand il part de l'histoire du petit prodige qui blousait tous ses camarades au jeu de pair ou impair, avec son truc de l'identification à l'adversaire, dont nous avons pourtant montré qu'il ne peut atteindre le premier plan de son élaboration mentale, à savoir la notion de l'alternance intersubjective sans y achopper aussitôt sur la butée de son retour1.
Ne nous en sont pas moins jetés, histoire de nous en mettre plein la vue, les noms de La Rochefoucauld, de La Bruyère, de Machiavel et de Campanella, dont la renommée n'apparaîtrait plus que futile auprès de la prouesse enfantine.
1. Cf. notre introduction, P. 58.
Et d'enchaîner sur Chamfort dont la formule qu' «il y a à parier que toute idée publique, toute convention reçue est une sottise, car elle a convenu au plus grand nombre », contentera à coup sûr tous ceux qui pensent échapper à sa loi, c'est-à-dire précisément le plus grand nombre. Que Dupin taxe de tricherie l'application par les Français du mot : analyse à l'algèbre, voilà qui n'a guère de chance d'atteindre notre fierté, quand de surcroît la libération du terme à d'autres fins n'a rien pour qu'un psychanalyste ne se sente en posture d'y faire valoir ses droits. Et le voici à des remarques philologiques à combler d'aise les amoureux du latin : qu'il leur rappelle sans daigner plus en dire qu' « ambitus ne signifie pas ambition, religio, religion, homines honesti, les honnêtes gens », qui parmi vous ne se plairait à se souvenir... de ce que veulent dire ces mots pour qui pratique Cicéron et Lucrèce. Sans doute Poe s'amuse-t-il...
Mais un soupçon nous vient : cette parade d'érudition n'est-elle pas destinée à nous faire entendre les maîtres-mots de notre drame ? 1 Le prestidigitateur ne répète-t-il pas devant nous son tour, sans nous leurrer cette fois de nous en livrer le secret, mais en poussant ici sa gageure à nous l'éclairer réellement sans que nous y voyions goutte. Ce serait bien là le comble où pût atteindre l'illusionniste que de nous faire par un être de sa fiction véritablement tromper.
Et n'est-ce pas de tels effets qui nous justifient de parler, sans y chercher malice, de maints héros imaginaires comme de personnages réels ?
Aussi bien quand nous nous ouvrons à entendre la façon dont Martin Heidegger nous découvre dans le mot alethés le jeu de la vérité, ne faisons-nous que retrouver un secret où celle-ci a toujours initié ses amants, et d'où ils tiennent que c'est à ce qu'elle se cache, qu'elle s'offre à eux le plus vraiment.
Ainsi les propos de Dupin ne nous défieraient-ils pas si mani festement de nous y fier, qu'encore nous faudrait-il en faire la tentative contre la tentation contraire.
1. J'avais d'abord mis une touche, pour ces trois mots, du sens dont chacun commenterait cette histoire, si la structure n'y suffisait, à quoi elle se voue.
J'en supprime l'indication, trop imparfaite, pour ce qu'à me relire pour cette réimpression, une personne me confirme qu'après le temps de ceux qui me vendent (encore ce 9-12-68), un autre vient où l'on me lit, pour plus d'explique.
Qui aurait place hors de cette page.
Dépistons donc sa foulée là où elle nous dépiste. Et d'abord dans la critique dont il motive l'insuccès du Préfet. Déjà nous la voyions pointer dans ces brocards en sous-main dont le Préfet n'avait cure au premier entretien, n'y trouvant d'autre matière qu'à s'esclaffer. Que ce soit en effet, comme Dupin l'insinue, parce qu'un problème est trop simple, voire trop évident, qu'il peut paraître obscur, n'aura jamais pour lui plus de portée qu'une friction un peu vigoureuse du gril costal.
Tout est fait pour nous induire à la notion de l'imbécillité du personnage. Et on l'articule puissamment du fait que lui et ses acolytes n'iront jamais à concevoir, pour cacher un objet, rien qui dépasse ce que peut imaginer un fripon ordinaire, c'est-à-dire précisément la série trop connue des cachettes extraordinaires dont on nous donne la revue, des tiroirs dissimulés du secrétaire au plateau démonté de la table, des garnitures décousues des sièges à leurs pieds évidés, du revers du tain des glaces à l'épaisseur de la reliure des livres.
Et là-dessus de dauber sur l'erreur que' le Préfet commet à déduire de ce que le ministre est poète, qu'il n'est pas loin d'être fou, erreur, argue-t-on, qui ne tiendrait, mais ce n'est pas peu dire, qu'en une fausse distribution du moyen terme, car elle est loin de résulter de ce que tous les fous soient poètes.
Oui-dà, mais on nous laisse nous-même dans l'errance sur ce qui constitue en matière de cachette, la supériorité du poète, s'avérât-il doublé d'un mathématicien, puisque ici on brise soudain notre lancer en nous entraînant dans un fourré de mauvaises querelles faites au raisonnement des mathématiciens, qui n'ont jamais montré, que je sache, tant d'attachement à leur formules que de les identifier à la raison raisonnante. Au moins témoignerons nous qu'à l'inverse de ce dont Poe semble avoir l'expérience, il nous arrive parfois devant notre ami Riguet qui vous est ici le garant par sa présence que nos incursions dans la combinatoire ne nous égarent pas, de nous laisser aller à des incartades aussi graves (ce qu'à Dieu ne dût plaire selon Poe) que de mettre en doute que « x2 + px ne soit peut-être pas absolument égal à q », sans jamais, nous en donnons à Poe le démenti, avoir eu à nous garder de quelque sévice inopiné.
1. Il nous plairait de reposer devant M. Benveniste la question du sens antinomique de certains mots, primitifs ou non, après la rectification magistrale qu'il a apportée à la fausse voie dans laquelle Freud l'a engagée sur le terrain philologique (cf. La Psychanalyse, vol. 1, p. 5-16). Car il nous semble que cette question reste entière, à dégager dans sa rigueur l'instance du signifiant. Bloch et Von Wartburg datent de 1875 l'apparition de la signification du verbe dépister dans le second emploi que nous en faisons dans notre phrase.
Ne dépense-t-on donc tant d'esprit qu'afin de détourner le nôtre de ce qu'il nous fut indiqué de tenir pour acquis auparavant, à savoir que la police a cherché partout : ce qu'il nous fallait entendre, concernant le champ dans lequel la police présumait, non sans raison, que dût se trouver la lettre, au sens d'une exhaustion de l'espace, sans doute théorique, mais dont c'est le sel de l'histoire que de le prendre au pied de la lettre, le « quadrillage » réglant l'opération nous étant donné pour si exact qu'il ne permettait pas, disait-on « qu'un cinquantième de ligne échappât » à l'exploration des fouilleurs. Ne sommes-nous pas dès lors en droit de demander comment il se fait que la lettre n'ait été trouvée nulle part, ou plutôt de remarquer que tout ce qu'on nous dit d'une conception d'une plus haute volée du recel ne nous explique pas à la rigueur que la lettre ait échappé aux recherches, puisque le champ qu'elles ont épuisé, la contenait en fait comme enfin l'a prouvé la trouvaille de Dupin.
Faut-il que la lettre, entre tous les objets, ait été douée de la propriété de nullibiété : pour nous servir de ce terme que le vocabulaire bien connu sous le titre du Roget reprend de l'utopie sémiologique de l'évêque Wilkins 1 ?
Il est évident (a little too 2 self evident) que la lettre a en effet avec le lieu, des rapports pour lesquels aucun mot français n'a toute la portée du qualificatif anglais : odd. Bizarre, dont Baudelaire le traduit régulièrement, n'est qu'approximatif. Disons que ces rapports sont singuliers, car ce sont ceux-là même qu'avec le lieu entretient le signifiant.
Vous savez que notre dessein n'est pas d'en faire des rapports « subtils », que notre propos n'est pas de confondre la lettre avec l'esprit, même quand nous la recevons par pneumatique, et que nous admettons fort bien que l'une tue si l'autre vivifie, pour autant que le signifiant, vous commencez peut-être à l'entendre, matérialise l'instance de la mort.
1. Celle-là même à qui M. Jorge Luis Borges, dans son œuvre si harmonique au phylum de notre propos, fait un sort que d'autres ramènent à ses justes proportions. Cf. Les Temps modernes, juin-juillet 1955, p. 2135-36. et oct. 1955. p- 574-75.
2. Souligné par l'auteur.
Mais si c'est d'abord sur la matérialité du signifiant que nous avons insisté, cette matérialité est singulière en bien des points dont le premier est de ne point supporter la partition. Mettez une lettre en petits morceaux, elle reste la lettre qu'elle est, et ceci en un tout autre sens que la Gestalttheorie ne peut en rendre compte avec le vitalisme larvé de sa notion du tout 1.
Le langage rend sa sentence à qui sait l'entendre : par l'usage de l'article employé comme particule partitive. C'est même bien là que l'esprit, si l'esprit est la vivante signification, apparaît non moins singulièrement plus offert à la quantification que la lettre. A commencer par la signification elle-même qui souffre qu'on dise : ce discours plein de signification, de même qu'on reconnaît de l'intention dans un acte, qu'on déplore qu'il n'y ait plus d'amour, qu'on accumule de la haine et qu'on dépense du dévouement, et que tant d'infatuation se raccommode de ce qu'il y aura toujours de la cuisse à revendre et du rififi chez les hommes.
Mais pour la lettre, qu'on la prenne au sens de l'élément typographique, de l'épître ou de ce qui fait le lettré, on dira que ce qu'on dit est à entendre à la lettre, qu'il vous attend chez le vaguemestre une lettre, voire que vous avez des lettres, - jamais qu'il n'y ait nulle part de la lettre, à quelque titre qu'elle vous concerne, fût-ce à désigner du courrier en retard.
C'est que le signifiant est unité d'être unique, n'étant de par sa nature symbole que d'une absence. Et c'est ainsi qu'on ne peut dire de la lettre volée qu'il faille qu'à l'instar des autres objets, elle soit ou ne soit pas quelque part, mais bien qu'à leur différence, elle sera et ne sera pas là où elle est, où qu'elle aille.
Regardons en effet de plus près ce qui arrive aux policiers. On ne nous fait grâce de rien quant aux procédés dont ils fouillent.
1. Et c'est si vrai que la philosophie dans les exemples, décolorés d'être ressassés, dont elle argumente à partir de l'un et du plusieurs, n'emploiera pas aux mêmes usages la simple feuille blanche par le mitan déchirée et le cercle interrompu, voire le vase brisé, sans parier du ver coupé. L’espace voué à leur investigation, de la répartition de cet espace en volumes qui n'en laissent pas se dérober une épaisseur, à l'aiguille sondant le mou, et, à défaut de la répercussion sondant le dur, au microscope dénonçant les excréments de la tarière à l'orée de son forage, voire le bâillement infime d'abîmes mesquins. A mesure même que leur réseau se resserre pour qu'ils en viennent, non contents de secouer les pages des livres à les compter, ne voyons-nous pas l'espace s'effeuiller à la semblance de la lettre?
Mais les chercheurs ont une notion du réel tellement immuable qu'ils ne remarquent pas que leur recherche va à le transformer en son objet. Trait où peut-être ils pourraient distinguer cet objet de tous les autres.
Ce serait trop leur demander sans doute, non en raison de leur manque de vues, mais bien plutôt du nôtre. Car leur imbécillité n'est pas d'espèce individuelle, ni corporative, elle est de source subjective. C'est l'imbécillité réaliste qui ne s'arrête pas à se dire que rien, si loin qu'une main vienne à l'enfoncer dans les entrailles du monde, n'y sera jamais caché, puisqu'une autre main peut l'y rejoindre, et que ce qui est caché n'est jamais que ce qui manque à sa place, comme s'exprime la fiche de recherche d'un volume quand il est égaré dans la bibliothèque. Et celui-ci serait-il en effet sur le rayon ou sur la case d'à côté qu'il y serait caché, si visible qu'il y paraisse. C'est qu'on ne peut dire à la lettre que ceci manque à sa place, que de ce qui peut en changer, c'est-à-dire du symbolique. Car pour le réel, quelque bouleversement qu'on puisse y apporter, il y est toujours et en tout cas, à sa place, il l'emporte collée à sa semelle, sans rien connaître qui puisse l'en exiler.
Et comment en effet, pour revenir à nos policiers, auraient-ils pu saisir la lettre, ceux qui l'ont prise à la place où elle était cachée? Dans ce qu'ils tournaient entre leurs doigts, que tenaient-ils d'autre que ce qui ne répondait pas au signalement qu'ils en avaient? A letter, a litter, une lettre, une ordure. On a équivoqué dans le cénacle de Joyce 1 sur l'homophonie de ces deux mots en anglais. La sorte de déchet que les policiers à ce moment manipulent, ne leur livre pas plus son autre nature de n'être qu'à demi déchiré.
I. Cf. Our examination round bis factification for incamination of work in progress, Shakespeare and Company, 12, rue de l'Odéon, Paris, 1929.
Un sceau différent sur un cachet d'une autre couleur, un autre cachet du graphisme de la suscription sont là les plus infrangibles des cachettes. Et s'ils s'arrêtent au revers de la lettre où, comme on sait, c'est là qu'à l'époque l'adresse du destinataire s'inscrivait, c'est que la lettre n'a pas pour eux d'autre face que ce revers.
Que pourraient-ils en effet détecter de son avers ? - Son message, comme on s'exprime pour la joie de nos dimanches cybernétiques ?... Mais ne nous vient-il pas à l'idée que ce message est déjà parvenu à sa destinataire et qu'il lui est même resté pour compte avec le bout de papier insignifiant, qui ne le représente maintenant pas moins bien que le billet original.
Si l'on pouvait dire qu'une lettre a comblé son destin après avoir rempli sa fonction, la cérémonie de rendre les lettres serait moins admise à servir de clôture à l'extinction des feux des fêtes de l'amour. Le signifiant n'est pas fonctionnel. Et aussi bien la mobilisation du joli monde dont nous suivons ici les ébats, n'aurait pas de sens, si la lettre, elle, se contentait d'en avoir un. Car ce ne serait pas une façon très adéquate de le garder secret que d'en faire part à une escouade de poulets.
On pourrait même admettre que la lettre ait un tout autre sens, sinon plus brûlant, pour la Reine que celui qu'elle offre à l'intelligence du ministre. La marche des choses n'en serait pas sensiblement affectée, et non pas même si elle était strictement incompréhensible à tout lecteur non averti.
Car elle ne l'est certainement pas à tout le monde, puisque, comme nous l'assure emphatiquement le Préfet pour la gausserie de tous, « ce document, révélé à un troisième personnage dont il taira le nom » (ce nom qui saute à l’œil comme la queue du cochon entre les dents du père Ubu) « mettrait en question, nous dit-il, l'honneur d'une personne du plus haut rang », voire que « la sécurité de l'auguste personne serait ainsi mise en péril ».
Dès lors ce n'est pas seulement le sens, mais le texte du message qu'il serait périlleux de mettre en circulation, et ce d'autant plus qu'il paraîtrait plus anodin, puisque les risques en seraient accrus de l'indiscrétion qu'un de ses dépositaires pourrait commettre à son insu.
Rien donc ne peut sauver la position de la police, et l'on n'y changerait rien à améliorer « sa culture ». Scripta manent, c'est en vain qu'elle apprendrait d'un humanisme d'édition de luxe la leçon proverbiale que verba volant termine. Plût au ciel que les écrits restassent, comme c'est plutôt le cas des paroles : car de celles-ci la dette ineffaçable du moins féconde nos actes par ses transferts.
Les écrits emportent au vent les traites en blanc d'une cavalerie folle. Et, s'ils n'étaient feuilles volantes, il n'y aurait pas de lettres volées.
Mais qu'en est-il à ce propos? Pour qu'il y ait lettre volée, nous dirons-nous, à qui une lettre appartient-elle? Nous accentuions tout à l'heure ce qu'il y a de singulier dans le retour de la lettre à qui naguère en laissait ardemment s'envoler le gage. Et l'on juge généralement indigne le procédé de ces publications prématurées, de la sorte dont le Chevalier d'Eon mit quelques-uns de ses correspondants en posture plutôt piteuse.
La lettre sur laquelle celui qui l'a envoyée garde encore des droits, n'appartiendrait donc pas tout à fait à celui à qui elle s'adresse? ou serait-ce que ce dernier n'en fut jamais le vrai destinataire ?
Voyons ici : ce qui va nous éclairer est ce qui peut d'abord obscurcir encore le cas, à savoir que l'histoire nous laisse ignorer à peu près tout de l'expéditeur, non moins que du contenu de la lettre. 11 nous est seulement dit que le ministre a reconnu d'emblée l'écriture de son adresse à la Reine, et c'est incidemment à propos de son camouflage par le ministre qu'il se trouve mentionné que son sceau original est celui du Duc de S... Pour sa portée, nous savons seulement les périls qu'elle emporte, à ce qu'elle vienne entre les mains d'un certain tiers, et que sa possession a permis au ministre « d'user jusqu'à un point fort dangereux dans un but politique » de l'empire qu'elle lui assure sur l'intéressée. Mais ceci ne nous dit rien du message qu'elle véhicule...